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Textes


Installations

N’étant pas potière, je mets  beaucoup de temps  pour réaliser les  bols d’air, au cours de leur fabrication, j’ai constaté que certains gestes peuvent être détournés de leur fonction première, ce qui m’emmène souvent à aller plus loin que l’objectif de départ.
Illusion , les matrices , les écorces de bols et  les fossiles 45/33 T. sont des installations issues d’une pratique de tournage.
Ces installations ne sont donc pas réfléchies avant. Elle sont nées d’expérimentations et d’observations, un peu par accident; ce sont des aboutissements fortuits qui prennent du sens avec une constante dans mon travail : la répétition.
Certains objets comme les ribosomes ou les cymatophores , sont nées de la même manière. Ayant réalisé de nombreuses pièces ainsi, j’ai besoin de me  mettre  à faire pour que les idées surgissent, fonctionnant comme un explorateur qui part sans savoir ce qu’il va découvrir. Travailler l’argile pour moi c’est partir en exploration, c’est elle qui me guide, je ne la contrains pas. Certaines céramiques m’ont ensuite conduite à entamer un travail graphique en dessin.

 

Dessins   2011 Paris

6 mois de résidence « sans terre » m’ont permis de développer un travail de dessin.

Ici aussi le point de départ est le geste, l’expérimentation libre et spontanée. Des taches d’encre gorgées d’eau qui sècheront dans l’atelier durant la nuit et se révèleront en quelque sorte sans moi. En m’imposant un rythme de séchage je reproduis des cycles de l’argile et des hasards se profilent comme en céramique.
De ces quantités de tâches sont apparus des micros-mondes, des agrandissements de matière, des souvenirs d’images de tessons de céramique vues dans le passé à travers une binoculaire, des nodules, cellules, des cartes géographiques… Avec toujours des formes organiques qui font partie de mon vocabulaire.
Une série de dessins organographies devient ici un univers de planches anatomiques et d’herbiers. J’invente une histoire en empruntant  aux illustrations didactiques un peu de son vocabulaire formel. - Créer un monde - Une autre série  géographie  raconte des territoires inconnus qui pourtant apparaissent dessinés, répertoriés et cartographiés. Je me plaît à imaginer et à créer des lieux, en y ajoutant des mots, des signes et des chiffes prélevés dans des journaux.
La carte a un rapport direct avec le voyage elle symbolise pour moi sa première partie.


Dessins   2016 Genova

Partie en Italie dans un état créatif très apathique et brumeux, j’ai finalement mis en place un processus de travail complètement différent. En développant un travail long, répétitif et méditatif, en dessinant des lignes à l’encre de chine, sans projet ni résultat envisagé. En prenant simplement conscience que d’être dans le faire était bien plus important à ce moment là que d’aboutir à un résultat quelconque. Très vite ce travail est devenu un refuge addictif, une solution et une manière de continuer à tenir debout dans une action créative et frénétique en m’extrayant de ma réalité sur de grandes feuilles avec simplement une plume et de l’encre.

Ayant toujours travaillé par le passé en expérimentant et en bricolant à la recherche d’une surprise ou d’un effet que me procure le médium choisit (céramique ou encre), durant ces 3 mois, je me suis laissé glissée dans un processus artistique presque obsessionnel.
La série des topographies et des polypes s’insère dans la continuité de mon travail. C’est une suite de dessins, de lignes qui s’approchent parfois du volume, qui troublent la vue dans un effet d’illusion d’optique et qui donne à voir des racines, des corps, des formes organiques qui se déploient et se propagent. Ces dessins jettent un trouble, le trouble d’une absence dans une géographie intérieure accidentée.


 

Le tracé – le relevé – la carte – la tâche

Le monde se lit comme une carte dont la surface est marquée de multiples traces. Tout nomadisme induit forcément un relevé de l’espace parcouru, lequel peut se constituer en carte ou en récit, même mythologique.
Si l’on admet bien la pertinence du concept romantique de  paysage mental  pour décrire la correspondance entre états d’âme et types d’espace, les cartes ont toujours été des objets de rêverie, leur dessins et leur aplats s’apparentant aux images hypnagogiques qui amorcent les rêves où apparaissent dans le marc de café. La tâche, même la plus répugnante recèle toujours des merveilles dont l’apparition dépend finalement d’un genre particulier de redressement cartographique.